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Chute du cargo Progress M-27M sur Terre : quels sont les risques ?

article de Thibaut Alexandre

paru le 07 mai 2015

Fait extrêmement rare dans le domaine spatial, le lancement d'un vaisseau Progress le 28 avril dernier s'est soldé par un échec sur orbite, rendant le cargo de plus de 7 tonnes incontrôlable. Sa rentrée atmosphérique et la chute de débris consécutive sur Terre sont prévues pour le vendredi 8 mai.

Comme quatre fois par an, la Russie a lancé le 28 avril dernier un cargo Progress devant ravitailler la Station Spatiale Internationale. Un tir qui aurait dû rester dans la routine si, très vite après la mise en orbite, de graves problèmes n'étaient apparus : panne de télémétrie au moment de la séparation du Progress M-27M (c'est son nom) avec son étage de fusée porteur, impossibilité de communication avec le cargo depuis le sol, non déploiement d'antennes. Pire : une caméra montée à bord du Progress montre que celui-ci est en rotation très rapide sur lui-même, ce qui montre qu'il a perdu tout contrôle, et des radars de surveillance spatiale américains ont détecté 44 débris sur orbite à l'issue du lancement, au lieu des deux habituels (Progress et étage de fusée porteur).

Que s'est-il passé exactement ? A l'heure où nous écrivons ces lignes, la situation est encore un peu floue, mais un scénario est privilégié : c'est visiblement une défaillance du troisième étage de la fusée Soyouz, juste avant la séparation du Progress, qui est à l'origine de l'incident. Une explosion d'un moteur ou une collision entre l'étage de fusée et le Progress aurait alors eu lieu. L'ordinateur de bord du Progress aurait été endommagé lors de l'incident, si bien qu'il ne pouvait plus rien faire. Les moteurs du Progress n'ont pas réussi à compenser la rotation du cargo, qui depuis-lors tourne sur lui-même. Toujours est-il que la situation étant sans espoir, l'agence spatiale russe a abandonné l'idée de reprendre le contrôle du satellite. Abandonné à son sort sur orbite, l'épave de plus de 7 tonnes retombe depuis vers la haute atmosphère, où elle s'y désintégrera en grande partie dans quelques jours à peine, avec chute très probable de débris au sol.

Cette affaire nous rappelle que depuis quelques années, l'astronautique russe traverse une période trouble de son histoire. Depuis maintenant 5 ans, les défaillances et les échecs s'enchaînent : 7 échecs sur 47 fusées Proton lancées, entraînant la perte de 12 satellites ; perte de la sonde martienne Phobos-Grunt fin 2011, qui devait relancer le programme d'exploration planétaire russe, mis de côté depuis 1996 ; injection des deux premiers satellites du système de positionnement européen Galileo pleinement opérationnels sur une orbite bien trop basse le 22 août 2014 ; et enfin, deux cargos Progress perdus en moins de quatre ans (22 août 2011 et 28 avril 2015), sur les 150 vaisseaux de ce type tirés depuis 1978 !

Evidemment, la nouvelle n'a à priori rien de rassurant : si on vous dit qu'un cargo spatial chargé à bloc et devenu totalement incontrôlable va s'écraser quelque part sur Terre, sans qu'on puisse savoir où, et seulement dans quelques jours, il y a fort à parier que de nombreuses personnes puissent s'inquiéter. Et pourtant, il y a toutes les raisons de garder son calme. Oui, certes, des débris de quelques dizaines de kg peuvent atteindre le sol après avoir survécu à la rentrée atmosphérique (qui, heureusement pour nous, va réussir à consumer une très grande partie du Progress) : ce n'est pas pour rien si les rentrées des vaisseaux Progress sont toutes contrôlées de manière à se dérouler au-dessus du Pacifique Sud, dans une zone baptisée « cimetière des satellites ».

Là, situation inédite, un cargo Progress va pour la première fois de son histoire rentrer de manière incontrôlée dans l'atmosphère. Pourtant, depuis les débuts de la Conquête spatiale en 1957, de nombreux gros débris spatiaux sont retombés de manière aléatoire sur Terre (dont des stations spatiales !), sans pour autant entraîner le moindre dommage aux biens ou le moindre blessé. Il convient donc de relativiser. Ainsi, par exemple, en septembre 2011, la retombée du satellite UARS, d'une masse et d'une taille à peu près comparables à celle d'un Progress, s'était déroulée sans encombre, puisque l'épave est retombée toute seule dans le Pacifique. Et oui : rappelons que les ¾ de la surface de notre planète est couverte par les mers et les océans, et que la grande majorité des terres émergées est constituée de zones inhabitées (déserts, montagnes, forêts). Les chances de se prendre un morceau de satellite sur le coin de la tête sont donc minimes. Les plus craintifs d'entre vous pourront se rassurer en se remémorant le tragique accident de la navette Columbia le 1er février 2003 : environ 38,5 tonnes de débris (soit plus de 5 fois la masse totale du Progress M-27M, excusez du peu !) se sont abattus au sol au Texas, dans un secteur peuplé de plus de 300 000 habitants. Hormis l'équipage de la navette, tué sur le coup lors de l'explosion de l'orbiteur, aucun mort ni blessé, ni même de dégât majeur, n'a heureusement dû être déploré au sol.

Alors, où et quand aura lieu la retombée de Progress M-27M ? A l'heure actuelle, il est impossible de le savoir. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'elle aura lieu quelque part entre 51,6° de latitude Nord et 51,6° de latitude Sud. L'heure estimée de rentrée est actuellement comprise entre le 7 mai à 23h30 et le 8 mai à 9h30, heure de Paris. Durant cet intervalle, deux passages concerneront le territoire français : le Progress passera au-dessus de la Corse juste avant 8h00, puis, s'il est encore sur orbite, sur une ligne reliant Nantes à Luxembourg juste avant 9h30 du matin le 8 mai. Ces passages sont diurnes, aussi le spectacle habituel d'une rentrée atmosphérique sera très fortement atténué. Notons toutefois qu'il est envisageable de voir la rentrée nocturne du Progress depuis les DOM-TOM : sur l'île de la Réunion, il passera entre 2h15 et 2h20 heure locale, et en Guyane française, il effectuera un passage vers 4h10 heure locale.

Les prévisions de rentrée seront affinées durant les prochaines heures. Nous vous tiendrons informés sur notre page Facebook

 

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