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Ciel des Hommes

Opportunity débarque à l’aube

traduction de Didier Jamet

paru le 24 janvier 2004

C’est demain dimanche 25 janvier 2004 à 6:05 du matin heure française que le second robot explorateur de la Nasa, Opportunity, doit arriver sur son théâtre d’opération, le cœur d’une plaine martienne. Sa mission : y déceler d’éventuels vestiges de la présence d’eau liquide.

Le 25 janvier 2004 à 6 heures 05 du matin heure française (5 :05 temps universel), le second robot explorateur de la Nasa, Opportunity, doit arriver sur la planète rouge. Opportunity atterrira près de l’équateur, dans une plaine connue sous le nom de Meridiani Planum. Opportunity se trouvera alors aux antipodes du cratère Gusev, où son jumeau, Spirit, abreuve d’autant de données qu’il le peut des scientifiques avides d’apprendre.

La région de Meridiani Planum intéresse les scientifiques car elle contient une fort ancienne couche d’hématite, un oxyde de fer qui, sur Terre, se forme presque toujours dans un environnement contenant de l’eau liquide. Le site paraît aride aujourd’hui. Alors comment cette hématite est-elle arrivée là ? Il y avait-il jadis de l’eau dans la région ? Et si ce fut bien le cas, où est-elle partie ?

" Il y a 5 ou 6 hypothèses qui permettent d’expliquer la présence d’hématite sur Mars, mais aucune ne met tout le monde d’accord " reconnaît John Grant, le coordinateur scientifique des sites d’atterrissage martiens. " Il faut donc nous y rendre pour découvrir laquelle est la bonne. "

Une possibilité serait par exemple que l’hématite fut produite directement à partir de laves riches en fer, un processus qui permettrait de se passer de l’hypothèse de l’eau liquide. Mais si cette dernière est bien impliquée – ce qui est considéré comme très probable – alors l’hématite s’est soit formée lorsque l’eau contenue dans les terrains martiens a diffusé au travers de couches de cendres volcaniques, soit plus probablement à partir des eaux riches en fer d’un ancien lac disparu depuis bien longtemps.

L’ensemble de spectromètres, caméras, microscopes et autres outils d’échantillonnage d’Opportunity devrait permettre aux scientifiques de comprendre d’où est venue l’hématite.

Par exemple, si on trouve un minéral appelé goethite dans les dépôts d’hématite, on pourra considérer que l’hématite s’est bien formée dans un milieu liquide. Si en revanche on y trouve de la magnétite et pas de goethite, l’hypothèse eau liquide deviendrait très improbable.

Le simple fait de connaître la façon dont l’hématite est distribuée fournira des éléments de réponse. Si l’hématite est présente sous forme d’une fine couche dans un mille-feuille d’autres couches, alors il est probable qu’elle se soit formée dans un très ancien lac. Si en revanche elle n’est présente que sous forme de discrètes veines comblant des fissures dans la roche, " alors c’est qu’elle a été associée avec l’eau du sol ".

Sur Terre, si vous jetez un œil aux endroits où la nappe phréatique diffuse vers la surface, " vous pouvez constater que la vie s’y épanouit ". Cependant Grant insiste sur le fait que la recherche de traces de vie n’est pas la mission d’Opportunity. Il va rechercher des environnements qui auraient pu un jour être propices à l’apparition de la vie, et dans lesquelles par conséquent des traces de vie ancienne auraient pu subsister.

Savoir comment l’hématite martienne s’est formée aidera à déterminer si Meridiani Planum répond à ce signalement.

Meridiani Planum est unique sur Mars car selon les données collectées par la sonde Mars Global Surveyor, c’est l’endroit où on observe la plus forte concentration d’hématite à la surface de la planète rouge.

" Deux autres endroits présentent des dépôts significatifs : le profond canyon de Valles Marineris, et un lieu nommé le chaos d’Aram " précise Grant, " mais aucun n’est accessible avec les systèmes d’atterrissage actuellement disponibles ". Meridiani Planum contenant beaucoup d’hématite et offrant un terrain dégagé pour l’atterrissage, cumule donc les avantages.

Un autre attrait de Meridiani Planum tient au fait que la région semble subir des processus d’érosion, avec des cratères jadis ensevelis se révélant peu à peu. Opportunity sera peut-être capable d’inspecter des couches de terrain qui dans d’autres endroits auraient été recouverts, offrant ainsi un aperçu du lointain passé de la région.

" Il nous reste tant de choses à apprendre sur Mars " reconnaît Grant. " Mais je pense sincèrement qu’après cette mission, nous comprendrons beaucoup mieux l’histoire de cette planète, et que nous saurons également dans quelle direction faire notre prochain pas. "

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Quelques liens sur le sujet

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Le charme discret de l’Hématite

L’affaire de l’eau martienne disparue

Piquer une tête sur Mars

Mars sédimentaire

Strates martiennes.

 

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Version française de Science@NASA
Auteur original : Karen Miller
Crédit : NASA Science

Vue d’artiste de la rentrée d’Opportunity dans l’atmosphère martienne
Crédit : Nasa

 

Vue de Meridiani Planum prise depuis l'orbiteur de Viking 1 dans les années 1970 sur laquelle les ellipses d’atterrissage prévues pour Opportunity ont été rapportées
Crédit : Nasa

 

Carte en fausses couleurs indiquant la proportion d’hématite dans Sinus Meridiani (en rouge la plus forte concentration, 15 %) dont fait partie Meridiani Planum
Crédit : Christensen et al

 

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